« Mets pas ça sur Facebook là » dit-il quand je prend une photo de lui

Mon très cher papa, les réseaux sociaux ont l’air très mystérieux pour toi, j’irais même jusqu’à dire qu’ils te font peurs puisque tu refuses catégoriquement d’avoir quel contact que ce soit avec eux. C’est donc pour ton bonheur personnel et pour arrêter d’entendre « mets pas ça sur Facebook », que je vais t’expliquer ce qui nous attire tant de ces pages remplies de la vie des autres.

Premièrement, on ne met pas TOUT sur les réseaux sociaux, détrompes toi, ce n’est pas parce que je prends une photo horrible de toi que je la publierai et que quelques centaines de personnes se prendront ta gueule. (Il y aurait des chances que je le fasse si tu avais Facebook, mais puisque ce n’est pas le cas, tu peux dormir sur tes deux oreilles).

Le rêve de popularité, il se transforme, mais il était tout aussi présent dans ton temps. Passer dans le journal, à la télé, dans les nouvelles; ce voeux de célébrité existe toujours, mais en consiste maintenant à souhaiter d’atteindre 1000, 2000, 3000 likes sur une photo Instagram. Intelligent comme tu es, tu comprends que ce n’est pas avec une photo de ton vieux chien prise avec un iPhone 4 que les gens vont arrêter de scroller, non. De là débute la course à la photographie, tout prendre en photo, en tout temps, oui pour les souvenirs, mais oh surtout pour poper le gram avec une photo digne d’un double tap.

Dans ton temps, quand tu passais dans le journal pour une rubrique de la municipalité, c’était un one shot deal, tu savais très bien que ça allait pas décoller ta carrière chez Radio-Canada, mais aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, lorsque tu réussis à aller chercher cette émotion de célébrité là, tu sais très bien que tu es capable d’aller la chercher à nouveau, et c’est ce qui motive, papa, ce comportement que tu trouves si bizarre. Je ne dis pas que ce ne l’est pas, au contraire, en écrivant ces mots je me rends compte à quel point ça peut être pathologique, mais j’espère que tu comprends maintenant l’urgence que ma génération a à être populaire sur les réseaux sociaux et j’espère surtout que tu vas arrêter de me dire « mets pas ça sur Facebook » quand je prends une photo de ta vieille tronche.

P.S. – Tu ne risques probablement pas de lire ce billet puisqu’il faudrait que tu ailles sur un ordinateur, mais si tu le lis, sérieusement, crée toi dont un Facebook pour que tes amis arrêtent de m’envoyer des photos en disant « tu montreras ça à ton père !! ».

 

 

 

 

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